Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 23:03

mardi 9 JUIN 5H30



Elle glissa la photo dans l'enveloppe de rupture. Elle le quittait dans le silence : pas de paroles inutiles, pas d'explication de texte : cette image lui révèlerait tout. C'était comme un rendez-vous manqué : puissant et autosuffisant. Il aimait cet instantané : elle y rayonnait rieuse et charnelle, il avait légendé ce "daguérréo":"petite parisienne en robe noire". Pour cette séance il l'avait chaussée d'une paire qu'il chérissait, habillée d'une combinaison "so chic". Elle aimait se fondre dans ses jeux de soumission étranges, source de sa jouissance virile. Lui revenait en fond sonore cette réplique drolissime : "Tu peux rencontrer une femme bien ou un mec, le concept du mec bien, oublie!"* Dans la salle obscure ils avaient ri : instants heureux de complicité parfaite. Curieuse elle avait toujours croisé des hommes "super bien", découvrant courageuse leurs secrets étranges .Par amour elle les quittait sans fatigue ni lassitude. Elle le savait: il serait soulagé par son initiative: service rendu définitif et gratuit. Emue, elle griffonna:"Merci d’exister», ferma la missive y déposa le sceau de ses lèvres fardées : ultime baiser nostalgique.

*du film: " Je vais te manquer" d’Amanda Sthers.

 

Avelina Giner

 

 

 

Michel Delaperrière

Par Avelina Giner & Michel Delaperrière - Publié dans : ils sont bêtes - Communauté : Vive la féminité
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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /2009 10:36


Figée, blanche elle plongeait dans un azur infini, glissait
voluptueusement sur des ondes indigo, planant dans un
vertige éthéré.
Un petit garçon en costume marin un cerceau en main
lui souriait, une montre molle menaçant de l’engloutir.
Dali trônant dans son fauteuil baroque l’observait,
la moustache en érection:"toi encore? Semblait il dire,
petite, à Figeras je t ai croisée dans ta poussette, mon fourmilier en laisse renifla tes petons, Gala s'émerveilla devant "esta nina tan rizadita!"*

Tu étais là encore devant mon musée lors de l’installation du monument Pujol,

Leda atomique tu as hanté mes toiles,
je suis ton paranoïaque surréaliste"
"Le bleu tue le bleu, lapis-lazuli toi même lui répondait en boucle
cette déesse d albâtre."
Haletante elle émergea à la surface de ce rêve récurrent. Sur les vagues des
 draps trop froissés flottait abandonné son homme, le dos tourné: brun incontournable, enfin
repu, apaisé. Gourmands, ils se marieraient, elle enfanterait
 passionnément et divorcerait avec émotion au  pied des colonnes de ce temple
classique, tribunal de leurs faiblesses.
Elle aimait cette beauté  antique, idole froide, sereine qui la chopait
dans son sommeil. Elle symbolisait le sud de son enfance,
la méditerranée, le soleil trop brûlant à l’ombre des pins
odorants, les criques transparentes, l'Iliade de ses études
classiques, Praxitèle lui même l 'avait façonnée.
Ces rendez-vous oniriques la rendait puissante, ils tisseraient
les liens de son amour, seraient la source
 de sa propre vie.

*"cette petite fille si  frisée"

Texte : Avelina Giner

Photo : Michel Delaperrière



Par Avelina Giner & Michel Delaperrière - Publié dans : envol - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 14:48


Femme du monde : ses Louboutin gisaient au pied du lit,
son collier de perle se fixait sur sa peau luisante, son tailleur
Chanel brutalisé dormait fourbu sur la moquette douteuse.
Un vertige douloureux réchauffa son corps épuisé.

Femme de son monde : c'était du passé : fuir le factice de son
luxe de bon goût, elle rompait le bail, abandonnait son
univers coûteux de surenchères ennuyeuses.

Femme d'un nouveau monde : par la fenêtre ouverte les rumeurs de Barbès
la caressaient, des parfums musqués soutenaient ce choix brutal.
Dans ce décors sordide elle était en harmonie : pas de faute de goût.

Femme du monde : elle respira pour la première fois. Des bras sombres
l’attirèrent dans ce rectangle désordonné par leurs jeux sensuels.
Lui aussi, s’il ne l’aimait ainsi, deviendrait l’étranger.
Car elle était devenue La Femme du Monde, sans papiers, sans mensonges.

Nul au monde ne l’effacerait.
Elle l’avait reconnue, adoptée un aller sans retour.
Un tatouage déjà cryptait  cette alliance :
Signature indélébile au creux de ses reins.

 

Avelina Giner

Publié dans le défi "femme du monde"

proposé par Abeille50 Ruche des bons mots

 

 

 

avec le conours amical de "Catwoman"

Michel Delaperrière

Par Avelina Giner & Michel Delaperrière - Publié dans : paroles d'elles - Communauté : Ruche de beaux mots
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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /2009 21:17


C’était sa paire secrète, son talisman, comme des chaussures de princesse.

Dorées, elle les aurait trouvées vulgaires, enfin : sa mère aurait trouvé ça vulgaire.

Elle ne les portait qu’étant seule, une fois chez elle.

Elle se déshabillait et marchait nue : telle une reine, un diamant… dans ce salon

de velours rouge, les hommes bandaient, la convoitaient, la léchaient du regard…

Elle devenait la femme utopique, parfaite, jouissive, adorée…

Ce jour-là, nue, elle s’était parée de fleurs et de guirlandes de lierre artificielles,

elle détestait la nature, elle ne supportait que ses copies en plastique factices qu’elle achetait

par brassées chez les Chinois de Belleville.

Seules les fleurs coupées, jetables, bien serrées, attachées étaient supportables.

Dans ce miroir elle devint sublime, intemporelle, couverte de ces plantes mensonges;

une fée, une elfe…

Un homme un amant l’avait supplié de les lui montrer,

de la prendre avec ces délicieuses chaussures.

Elle n’avait jamais cédé.

Ce jour-là elle partit travailler avec cette paire magique et tout devint simple,

elle touchait  le monde, elle était le monde.

Son cinéma de petite fille la figea sur le quai du métro, elle la vit elle :

« Mules blanches à talons aiguilles en fer, elle faisait un tac-tac d’enfer

lorsqu’elle descendait les escaliers en ciment »

belle comme le soleil, oui petite, cette pensée l’avait éclaboussée,

elle avait eu chaud, elle avait aimé sa mère ce jour là : précieuse et gaie.

Enfin ces petites mules métalliques bien à elle la reliaient à ce sentiment d’amour intense

et d’invulnérabilité, elle devenait  une femme aimable et vivante.

La rue était à elle, tout devenait étonnant : la beauté, l’horreur avaient du sens.

Les hommes la regardèrent de travers : elle aima ça,

Au boulot subtilement le décor changea…

Elle les trouva bêtes, ennuyeux… Elle partit.

Avelina Giner

 

 Michel Delaperrière

Par Avelina Giner & Michel Delaperrière - Publié dans : paroles d'elles - Communauté : Relations amoureuses
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 17:24



Ses longs cheveux coulaient sombres, une encre sublime sur ce corps aimé.
Apaisée elle ronronnait, il plongea son visage une dernière fois dans cette matière épicée.
Il avait écrit le récit de leurs amours différentes sur cette peau si blanche sur ce corps interdit qu’il ne fallait pas souiller.
Il avait tout accepté la famille, les traditions, les mensonges, le rituel des fiançailles.
Lui le mécréant si respectueux de sa différence s'était senti trahi lorsqu' il avait fallu embrasser le Coran pour sceller leur future union.
N’étant pas croyant il se pensait indigne de cet acte.
Une étrange douleur l’éloigna, il ne se perdrait plus pour son aimée, à jamais il serait orphelin de sa beauté.
Elle lui avait coupé le souffle dés leur première rencontre:elle s était retournée et dans une parfaite inconscience de son pouvoir sa chevelure l'avait magnétisé.
Il ne la noierait plus dans son regard si bleu, elle ne l emprisonnerait plus de ses mystérieuses lianes.

 

Texte d'Avelina Giner

 

Photographie Michel Delaperrière

( Musulmane égarée au Marché aux Fleurs d'Amsterdam - août 2008)

Par Avelina Giner & Michel Delaperrière - Publié dans : Blessures - Communauté : le texte voyageur
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  • : Avelina Giner & Michel Delaperrière
  • Désirsdélires
  • : Homme
  • : Métro Saint-Paul Là où il y a de l' Métro Jourdain Gare de Chaville-Vé
  • : photographie poésie écriture amour amitié
  • : Textes d'Avelina Giner sur des photographies de Michel Delaperrière.

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