C’était sa paire secrète, son talisman, comme des chaussures de princesse.
Dorées, elle les aurait trouvées vulgaires, enfin : sa mère aurait trouvé ça vulgaire.
Elle ne les portait qu’étant seule, une fois chez elle.
Elle se déshabillait et marchait nue : telle une reine, un diamant… dans ce salon
de velours rouge, les hommes bandaient, la convoitaient, la léchaient du regard…
Elle devenait la femme utopique, parfaite, jouissive, adorée…
Ce jour-là, nue, elle s’était parée de fleurs et de guirlandes de lierre artificielles,
elle détestait la nature, elle ne supportait que ses copies en plastique factices qu’elle achetait
par brassées chez les Chinois de Belleville.
Seules les fleurs coupées, jetables, bien serrées, attachées étaient supportables.
Dans ce miroir elle devint sublime, intemporelle, couverte de ces plantes mensonges;
une fée, une elfe…
Un homme un amant l’avait supplié de les lui montrer,
de la prendre avec ces délicieuses chaussures.
Elle n’avait jamais cédé.
Ce jour-là elle partit travailler avec cette paire magique et tout devint simple,
elle touchait le monde, elle était le monde.
Son cinéma de petite fille la figea sur le quai du métro, elle la vit elle :
« Mules blanches à talons aiguilles en fer, elle faisait un tac-tac d’enfer
lorsqu’elle descendait les escaliers en ciment »
belle comme le soleil, oui petite, cette pensée l’avait éclaboussée,
elle avait eu chaud, elle avait aimé sa mère ce jour là : précieuse et gaie.
Enfin ces petites mules métalliques bien à elle la reliaient à ce sentiment d’amour intense
et d’invulnérabilité, elle devenait une femme aimable et vivante.
La rue était à elle, tout devenait étonnant : la beauté, l’horreur avaient du sens.
Les hommes la regardèrent de travers : elle aima ça,
Au boulot subtilement le décor changea…
Elle les trouva bêtes, ennuyeux… Elle partit.
Avelina Giner
Michel Delaperrière
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